Comment gagner en éloquence ? Les conseils de huit avocats

Leur travail : défendre et convaincre.

Demandez à un avocat ce qu'est l'éloquence, il vous citera certainement Cicéron.

L'homme politique et écrivain romain, considéré comme l'un des plus grands orateurs de son temps, définissait l'art oratoire comme le fait de plaire, émouvoir et convaincre grâce à la parole.

Mais comment faire pour maîtriser cet art ou plus modestement être l'aise à l'oral quand on est timide ou que l'on n'est pas spécialement prédisposé à la prise de parole en public ?

1- Connaître son sujet à fond

Parler, c'est d'abord avoir quelque chose à dire. Maîtriser son sujet au préalable est l'un des prérequis nécessaire pour convaincre un auditoire.

L’éloquence, que l’on perçoit souvent comme un art de l’instant est donc surtout le fruit d’un important travail de fond en amont. 2-Structurer son discours

La meilleure façon de faire passer un message et de ne pas perdre le fil de son argumentation est de structurer son discours.

"Il existe des discours classiques depuis l'antiquité sur lesquels on peut s'appuyer", détaille Me Romain Boulet, avocat pénaliste qui a notamment plaidé dans les affaires Elf et Ilan Halimi.

Parmi les ouvrages de référence, Me François Saint Pierre, célèbre notamment pour avoir défendu Christine et Jean-Marie Villemin dans l'affaire Grégory et Maurice Agnelet dans l'affaire Agnès Le Roux, cite Les divisions de l'art oratoire ou De Oratore de Cicéron. L'homme d'État romain y présente une structure du discours en quatre parties : l'exorde qui a pour but d'attirer l'attention de l'auditoire et d'exposer le sujet du discours, la narration, un récit pour exposer les faits, la confirmation, où l'on présente ses arguments, et enfin la péroraison, la conclusion du discours qui est une synthèse de l'argumentation et fait appel aux sentiments de l'auditoire.

La première et la dernière parties sont destinées à émouvoir. La deuxième et la troisième servent à convaincre.

"Nous les avocats, on a tous commencé par étudier ces discours pour mieux apprendre à structurer les nôtres. A partir de là, on fait notre petite cuisine", assure Romain Boulet. 3- Trouver "la musique" de son auditoire

Pour être éloquent, il faut savoir également à qui l'on s'adresse. "Cela ne s'apprend pas forcément. C'est une école de la vie. Il faut sentir son interlocuteur pour savoir comment s'adresser à lui pour qu'il s'identifie à nous et ne pas faire un certain nombre de gaffes", estime Romain Boulet.

"L'audience a une musique. Ce n'est pas la même chose pour un avocat s'il s'adresse à des magistrats professionnels ou à des jurés populaires. Ce n'est pas la même chose s'il s'adresse à une personne ou à dix personnes". Et ce n'est pas la même chose si vous vous adressez à vos collègues, à un membre de votre famille ou à un supérieur hiérarchique.

Dans ce dernier cas, l'argot et les expressions familières sont à proscrire. Le langage utilisé doit être syntaxiquement correct et précis. En revanche, avec vos amis, il est en général peu opportun d'utiliser un jargon technique au risque de perdre leur attention. 4- Mettre beaucoup de soi dans son discours

Pour plaire à un public, l'émouvoir et le convaincre, les avocats s'accordent à dire qu'il ne faut pas chercher à imiter mais trouver son ton, sa façon bien à soi de s'exprimer, utiliser sa personnalité, son physique, l'image que l'on renvoie aussi.

"On peut essayer de comprendre comment réfléchissent les uns et les autres, s'inspirer de grands orateurs mais si vous essayez de faire comme un autre, si vous essayez d'aspirer la façon de faire d'un tel ou d'un tel, vous serez mauvais", acquiesce Me Julien Fresnault, avocat au barreau de Paris.

"Le vrai conseil, c'est savoir de quoi on parle et ne pas imiter. Il faut trouver sa propre voix, croire en soi et s'exprimer le plus sincèrement possible." Pour Elise Arfi, avocate pénaliste et autrice de Pirate n°7, un récit dans lequel elle relate le parcours de l'un de ses clients et sur lequel elle revient dans "Mon client et moi", la sincérité prime également.

"Il faut imprégner le discours le plus possible de soi-même, porter le discours, habiter le discours. Quoi qu'on dise, que l'on prenne la parole pendant trois minutes ou pendant une heure, il faut essayer d'incarner son propos. C'est à ce moment-là que l'écoute et l'empathie avec l'auditoire se créent." 5-Placer sa voix...

Apprendre à placer sa voix est l'une des techniques qui permet de gagner en éloquence.

"Cela veut dire poser sa voix, calmer le débit", précise Me Clarisse Serre, avocate au barreau de la Seine-Saint-Denis.

Pour réussir à poser sa voix, il est conseillé de bien s'hydrater au préalable mais aussi de s'échauffer les muscles du visage, en massant et en relâchant sa mâchoire par exemple, ainsi que ses muscles vocaux.

Un exercice consiste à inspirer et expirer sur le son "hum" pour ressentir une vibration et échauffer ses cordes vocales. "On peut également prendre quelques cours de théâtre pour apprendre à mieux la contrôler ", ajoute Me Rachel Lindon, avocate aux barreaux de Paris et de Madrid. 6… et ses silences

Les bons orateurs maîtrisent également les silences.

"Il n'y a rien de plus impressionnant qu'une salle silencieuse. C'est ça la marque des grands, faire tenir le silence car le silence c'est la tension", estime Me Romain Boulet.

Au début de sa carrière, l'avocat pénaliste avait d'ailleurs pris l'habitude de prendre des notes quand il écoutait plaider ses confrères, ou plutôt quand ceux-ci se taisaient.

"Je comptais dans ma tête combien de temps il était possible de ne pas parler et je notais ces temps dans un carnet", se souvient-il. "Un silence peut être extrêmement éloquent", estime également Me Nicolas Salomon, avocat pénaliste au barreau de Paris.

"Les grandes plaidoiries commencent par des silences. Il n'y a pas meilleure façon de prendre possession de la parole que de commencer par se taire." 7-Apprendre à respirer

D'autant que se taire, c'est aussi s’autoriser à reprendre son souffle.

"Il faut respirer. Il faut apprendre à respirer, prendre le temps de respirer et se forcer à avoir des temps d'arrêt", conseille Me Nicolas Salomon.

"Si vous ne respirez pas, vos globules rouges vont circuler moins vite dans votre corps et s'épuiser rapidement. Votre cerveau sera moins oxygéné, vous retrouverez moins facilement le fil de votre pensée et quand vous le perdrez, les paroles viendront plus difficilement", assure-t-il. "Je sais que quand je respire peu, que je vais trop vite, je plaide mal." 8-Maîtriser sa posture...

Outre la respiration, c'est sa posture qu'il faut réussir à maîtriser pour être éloquent, estime l'avocate pénaliste Clotilde Lepetit.

"La posture, c'est se tenir droit, avoir le cou un peu dressé sans tirer les traits", explicite-t-elle. "De cette façon, on exprime une forme de hauteur et d'autorité. Et puis, quand vous vous tenez droit, que vous ouvrez les poumons, la voix sort mieux, tout est interdépendant." La posture c'est aussi l'équilibre, le fait de bien s'ancrer au sol.

"Il faut éviter de se balancer car on pourrait regarder votre balancement plutôt que d'écouter ce que vous dites", ajoute l'avocate. "C'est aussi capter le regard de son auditoire. Le regarder dans les yeux. C'est un appui pour ne pas vous perdre dans vos idées", poursuit Me Clotilde Lepetit qui a pris conseils auprès de Stéphane André, fondateur de l'Ecole de l'art oratoire. 9-...et ses gestes

Le geste peut également dire beaucoup de vous. "Il peut vous trahir. Les mains dans le dos, c'est déjà vous excuser ou en tout cas vous rendre. Le doigt pointé ça peut être agressif", détaille Me Clotilde Lepetit. "Mais le geste peut aussi accompagner votre propos et sa nuance. A mot égal, le ton, la voix et le geste lui donneront un sens différent : bienveillant, drôle etc." 10 -Corriger ses tics de langage

Autre astuce : tenter de corriger ses tics de langage.

"J'ai toujours eu peur des tics donc je me suis beaucoup battu. Je déteste les 'effectivement' en fin de phrase. J'ai travaillé pour les corriger", commente Me Boulet. "J'essaie d'éviter les ruptures de pensée avec les 'euh' ou les fins de propos avec le mot 'voilà'", confie Me Clotilde Lepetit. "Mais je n'y parviens pas toujours".

11- Ne rien lâcher avant et après le discours

"Je fais toujours très attention à mon attitude à l'audience, comment je suis aux suspensions d'audience, quand ce n'est pas mon client qui est entendu mais un autre client qui parle. Je fais attention à mes réactions", confie Me Romain Boulet. "On a tous des moments de relâchement, on a envie de rire avec l'avocat d'en face… Mais je me suis rendu compte qu'il fallait faire très attention à cela. Il y a beaucoup de choses qui se jouent à ce moment-là."

Source: www.europe1.fr

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