Finance, ingéniérie, bricolage... comment ces secteurs tentent d'attirer les femmes

Numérique, hôtellerie-restauration, finance… autant de secteurs qui veulent attirer et retenir les femmes dans leurs rangs. Pour mieux penser le monde de demain.


Seules 17% des professions sont réellement mixtes, révélait une étude du conseil économique et social en 2014. Mais attention, mixtes ne veut pas dire égalitaires.


Car même dans les secteurs où les femmes sont à parité, voire majoritaires, on note des écarts de rémunération entre les sexes, et la persistance d'un solide plafond de verre. Comme l'enseignement, avec ses 84% de femmes professeures des écoles et ses 25% de professeures d'université…


Ou la santé. Là, les femmes disparaissent des postes prestigieux de professeurs des universités : praticiens hospitaliers et de chefs de service à l'hôpital.


Déplorable, selon les 130 médecins qui ont signé en décembre dernier une tribune, publiée dans Le Monde, dans laquelle ils réclament que soient prises «toutes les mesures nécessaires à favoriser une accession satisfaisante des femmes» à ces postes.


La parité, une affaire de volonté

Conscients des besoins urgent de féminisation, quasiment tous les secteurs paritairement déficients se bougent. Financi'Elles, fédération de réseaux du domaine, publie ainsi chaque année un baromètre de la mixité dans le secteur banque, finance et assurance.


Le dernier en date souligne que l'indice de féminisation des conseils est passé de 27,6% en février 2016 à 40,3% en janvier 2019, et celui des comex et codir de 14% à 20,8%.


Pour que cette progression se confirme, l'association organise de nombreuses rencontres entre cadres et dirigeantes engagées dans une politique de mixité volontariste.


Dans l'ingénierie et l'industrie, secteurs plus tendus où les femmes n'occupent que 15 à 20% des fonctions techniques, on met l'accent sur le recrutement.


Chez Airbus, qui a programmé 2.000 embauches cette année en France, les ressources humaines recherchent 30% d’ingénieures, quand 20% au maximum sortent des écoles.


La démarche commence à se généraliser


Il faut dire que, de façon générale, les ingénieurs manquent cruellement à l'appel en France.


Quelque 60.000 postes par an seront à pourvoir dans les deux prochaines années, selon l'OPIIEC (observatoire paritaire de ces métiers). Marie-Sophie Pawlak, présidente d’Elles bougent, dont l'objectif est de susciter des vocations féminines dans le domaine de l'ingénierie des transports, rappelle qu'elle a fondée son association en 2005 pour répondre aux besoins des DRH.


«La mixité n'est pas une affaire de quotas. Elle peut surtout faire du bien à une entreprise


Mais le recrutement ne peut pas être la seule solution. En amont, il faut agir sur les choix d'orientation.


Les 5.000 marraines d'Elles bougent, scientifiques confirmées, se déplacent ainsi de collèges en lycées pour faire changer les mentalités. Et si, au début de ces rencontres, 90% des collégiennes déclarent ne rien connaître aux métiers du numérique, elles sont 50% à se montrer intéressées par ce travail à la fin !


«Reste ensuite à s'adresser aux conseillers d'orientation et professeurs, et surtout aux parents, principaux “influenceurs” de ces jeunes filles.»


Faut-il leur rappeler les milliers de postes qu'offre la filière ?


Et de rappeler que l'innovation et la créativité sont boostées dans les équipes diversifiées, et que le climat social bénéficie de présences féminines.


Réforme du champ lexical

Chez Kingfisher, groupe de la grande distribution qui détient Castorama et Brico Dépôt, on parie aussi sur l'école pour féminiser les troupes.


«La mixité a beaucoup de sens chez nous, car 70% des décisions d'achat pour l'amélioration des maisons sont prises par des femmes, confie Sandrine Langlois, DRH chez Brico Dépôt. Nos collaborateurs doivent être le reflet de notre clientèle.»


Plutôt bien placé en matière de parité globale (42% de femmes chez Castorama, 40% chez Brico Dépôt), Kingfisher fait moins bien dès que l'on s'élève dans la hiérachie : 31 directrices de magasins seulement sur les 220 que compte l'Hexagone.


Pour changer la donne, le groupe a lancé il y a trois ans un grand «plan mixité».


Parmi ses mesures phares, des partenariats avec des écoles de commerce pour inciter les jeunes diplômées à entrer dans l'entreprise en alternance : «Nous pensons que pour des enseignes comme les nôtres, qui souffrent de préjugés sexistes, il faut présenter le plus tôt possible les possibilités de carrière et former les jeunes femmes à des métiers de cheffes de secteur, explique Sandrine Langlois. Elles pourront ensuite passer à l'étape supérieure», soit directrice de magasin.


L’entreprise défend aussi une mesure plus étonnante : la réforme de son champ lexical. «On sait aujourd'hui que certains mots résonnent comme masculin ou féminin dans l'esprit des gens, affirme la chargée de recrutement. Nous identifions donc le vocable à utiliser dans les annonces pour éviter tous les biais inconscients qui peuvent freiner des candidatures féminines.»


Convaincus que le lexique non genré peut avoir du poids, le groupe a ainsi changé tous les éléments de langage de ses communications, remplaçant par exemple le mot «bricolage» par «aménagement de la maison».


«Nous avons aussi réalisé un guide de bonnes pratiques sur la façon de rédiger une offre inclusive, précise-t-elle. Et, dans les pays anglo-saxons, des outils vont scanner les annonces pour nous renseigner sur le pourcentage d'offres réellement inclusives


Toutes ces actions rétablissent un peu de justice et modifient l’image des entreprises.


«On sent que cela porte ses fruits même si c'est un travail de longue haleine», s'enthousiasme Sandrine Langlois.


« Nous observons des profondes évolutions depuis près de huit ans, constate pour sa part Marie-Sophie Pawlak. Des attitudes inconscientes ont changé, les remarques paternalistes se raréfient.»


L'arrivée sur le marché d’une nouvelle génération va sans doute contribuer à améliorer. Les millennials, hommes comme femmes, veulent profiter de leurs enfants et sont souvent plus sensibles à la question de la mixité, dans leur vie personnelle comme dans l'univers professionnel.


Source: www.capital.fr

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