Société : un monde conçu sans tenir compte des femmes

Les femmes sont généralement oubliées, parfois dangereusement, dans la conception des objets et des environnements du quotidien.

C'est ce que rapporte la journaliste britannique Caroline Criado-Perez dans un livre « Invisible Women: Exposing Data Bias in a World Designed for Men », à paraître le 7 mars au Royaume-Uni.

Du téléphone portable aux mannequins de test d'accidents automobile en passant par les toilettes, les objets et les environnements du quotidien sont pour la plupart conçus en se basant sur des normes masculines.


L'impact peut être relativement mineur tel que ceux des tablettes fixées à une norme de hauteur masculine. Mais il peut aussi être mortel, dans le cas des tests de sécurité des automobiles qui ne tiennent pas compte de la taille et de la morphologie des femmes ou celui des gilets pare-balles inadaptés.


La formule permettant de déterminer la température standard dans les bureaux, rapporte l'auteure, a été mise au point dans les années 1960 sur la base du métabolisme de l'homme moyen.


Mais une étude néerlandaise récente a montré que la formule peut surestimer le taux métabolique des femmes de 35 %, ce qui signifie que la climatisation des bureaux est en moyenne trop froide de cinq degrés pour les femmes.


Autre exemple, le problème des files d'attente interminables aux toilettes des femmes alors que l'accès est immédiat dans celles des hommes.


Les superficies des toilettes pour les hommes et pour les femmes seraient égales, un principe qui ne tient pas compte de la réalité.


Le smartphone a une taille moyenne de 14 cm pour que l’homme moyen puisse l'utiliser d’une main.


La reconnaissance vocale est aussi calibrée en fonction de la voix masculine, selon une étude publiée en 2016 par Rachael Tatman de l’université de Washington. Les logiciels de reconnaissance vocale de Google avaient 70 % plus de probabilité de reconnaître le langage masculin.


Le matériel de chantiers de construction est évidemment conçu pour le corps de l’homme.


Le matériel de protection tel que harnais, lunettes de protection et masques anti-poussière, n'est pas adapté à la morphologie des femmes. Ces dernières ne profitent donc pas des mêmes conditions de sécurité. La taille des matériaux de construction eux-mêmes est aussi compatible avec le corps masculin.


Libération, qui relaie l'article du Guardian, résume les exemples suivants


« Caroline Criado-Perez rapporte un cas tragique où le matériel inadapté a été fatal à une policière britannique.


En 1997, elle a été poignardée et assassinée alors qu’elle pénétrait dans un appartement à l’aide d’un bélier hydraulique. Gênée par son gilet pare-balles, elle l’avait enlevé pour utiliser le bélier.


Autre cas : une policière a dû en 1999 subir une réduction mammaire à cause des effets du port de son gilet. Malgré les plaintes déposées depuis vingt ans, les choses ont peu évolué.


Beaucoup se plaignent du manque de place pour les seins, qui en plus de l’inconfort, fait remonter le gilet, laissant les femmes sans protection au niveau du ventre.


Cette invisibilisation s’étend jusqu’aux dispositifs de sécurité des voitures. Moins souvent impliquées dans les accidents, les femmes ont toutefois 47 % de risques supplémentaires d’être sérieusement blessées lorsque cela arrive, 71 % d’être légèrement blessées et 17 % plus de mourir, rapporte la journaliste. “Et tout cela a à voir avec la conception de la voiture.


Au niveau international, en effet, la plupart des mannequins de crash-test sont encore moulés sur le corps d’un homme de 1,70 m et 76 kilos.


Ce n’est qu’en 2011 que les Etats-Unis ont introduit des mannequins féminins dans les tests de collision, quand un test réglementaire l’exige dans l’Union européenne. Mais des lacunes persistent : le mannequin n’est utilisé que sur le siège passager, ce qui ne permet pas de savoir la manière dont une conductrice serait touchée. D’autant plus que les femmes ne sont souvent pas positionnées de la même manière en raison de leur taille en moyenne plus petite.


Caroline Criado-Perez ajoute : “C’est juste un mannequin masculin réduit. […] Mais les femmes ne sont pas des hommes réduits. Nous avons une distribution de masse musculaire différente. Nous avons une densité osseuse inférieure. Il existe des différences dans l’espacement des vertèbres. Même notre corps est différent. Et ces différences sont toutes cruciales en ce qui concerne le taux de blessures dans les accidents de la route.” »


Source: www.liberation.fr

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