Philippe Gildas est décédé cette nuit

Le journaliste et animateur Philippe Gildas est mort à l'âge de 82 ans. Libération republie le portrait qui lui avait été consacré en 1997 : Gildas, 61 ans et démesurément modeste, quitte alors «Nulle Part ailleurs» pour «le Grand Forum» de Canal +.


Philippe Gildas en 10 dates:

  • 12 novembre 1935 naissance à Auray, Morbihan

  • 1959 Premier reportage sur un concours de pêche

  • 1962-1969 RTL, rédacteur en chef puis directeur de l'information

  • 1969-1972 présentateur puis rédacteur en chef de la première chaîne

  • 1973-1974 Rédac-teur en chef à France Inter 1974-1986 Europe 1, où il finit directeur de l'antenne.

  • 1985 Anime «Direct» sur Canal Plus

  • 1987 Producteur et animateur de «Nulle part ailleurs». Création d'Ellipse

  • 1990 Epouse l'animatrice Maryse vice-PDG d'Ellipse

  • 1995 Antoine de Caunes quitte NPA

C'est l'histoire d'un mec qui a tout connu. Coluche et Baffie, Combat et Canal +, les cols roulés façon Beatles et les costumes Cerruti.


D'un animateur passe-partout qui, après dix ans d'antenne, quitte le quotidien Nulle Part ailleurs pour l'hebdo de Michel Field. Et aussitôt, pour expliquer le virage, Philippe Gildas affiche cette modestie d'homme de troupe, très travaillée, qu'il a toujours su porter en bandoulière: «A priori, je ne postulais pas. Alain de Greef avait besoin d'une roue de secours, et je suis à disposition du patron de l'antenne.» Le bureau de la «roue de secours» regorge de photos-caricatures.


Au-dessus du canapé, Philippe en Didier l'embrouille, blouson et banane de circonstance. Sur la bibliothèque, Gildas en Mazarin: «Vous avez vu le nez qu'ils m'ont fait!» Pantalon et tee-shirt beiges, l'original paraît plus fade. Propre à tout digérer: les compliments, les brocards et le reste.


Selon son petit frère cathodique Antoine de Caunes, «l'homme est difficile à cerner, facile à caricaturer. Une sorte de Talleyrand de l'audiovisuel». Un diplomate ecclésiastique acquis aux idées de son temps.

Philippe, Leprêtre de son vrai nom, était enfant de choeur. A l'écran, l'homme au visage buriné s'entoure d'un choeur d'enfants.


Tour à tour faire-valoir de Miss Météo, tête de Turc d'Antoine de Caunes, cobaye de Bonaldi et de ses inventions, monsieur Loyal des Nuls, de Karl Zéro ou des Guignols. Parfait dans le rôle de «l'huile qui fait monter la mayonnaise».


Mais depuis le départ de l'agitateur de Caunes, en 1995, la mayonnaise ne prend plus aussi bien, les couples se défont. Forcément mixtes, forcément jeunes-vieux mais pas forcément drôles. Le jeu de rôles a perdu un de ses pions.


«Quand je suis parti, je crois que Philippe aurait aimé présenter l'émission seul, dit de Caunes. Seul, et autrement. On ne lui en a pas laissé le loisir.»



A la rentrée 1996, le gai dépanneur annonce au patron, Alain de Greef, qu'on ne l'y reprendra plus: cette saison de Nulle Part ailleurs est la dernière.


«Mon souhait était d'arrêter le rythme fou du quotidien», confie-t-il. On le surnomme pourtant «Zébulon», «Lapin Duracell»: il ne tient pas en place. Assis, il se relève, redresse le cadre d'une photo.


«Je n'ai jamais eu de carrière ou alors je suis à la limite de la pathologie, résume-t-il, en se posant enfin sur son fauteuil. Mon parcours est un ramassis de contradictions, et ça fait longtemps que je ne me creuse plus pour avoir des idées d'émission. Le directeur des programmes possède tous les éléments. Le reste, c'est de la chtrouille.»


Autrement dit: la pêche à la bretonne. Vous jetez à l'eau des «entrailles qui puent», et vous balancez vos lignes là où vous pensez que ça va mordre.


Gildas est breton et bon pêcheur. «J'ai piqué la Tête et les jambes à Pierre Bellemare, la Course au trésor à Jacques Martin, Nulle Part ailleurs est une idée de Pierre Lescure. C'est mon côté coucou, poursuit le passe-plat de l'access prime time. Je ne suis pas propriétaire du créneau horaire de NPA et je ne choisis pas mes invités.» Depuis dix ans, Balasko ou les Spice Girls, Rapp ou Tapie se succèdent à sa table-confessionnal, amenés par le producteur, Bruno Gaston.


La recette du succès selon Gildas ?


«Une capacité d'enthousiasme importante.»


A la limite de l'indifférence. «Il y a des gens qui n'ont pas plus d'intérêt qu'une borne kilométrique, comme dirait de Caunes, et j'arrive à entamer avec eux un dialogue "intéressant" ou apparemment intéressé.»


Conséquence: l'émission train de marchandises remplit les bacs des disquaires et des libraires, et il est difficile de trouver quelqu'un qui bave, dans l'audiovisuel, sur l'animateur chef de gare. Comme si l'homme qui niche dans les idées des autres était une machine à produire du consensus devant et derrière l'écran.


Donc, Baffie, baffeur supposé, s'est pris une claque et assume: «Je n'ai pas été assis pendant un an auprès de n'importe qui. Il n'y avait pas assez de place pour deux animateurs, parce que c'est lui le pilote de ligne.»


Et Valérie Payet, Miss Blandish 95-96, qui n'est pas revenue en deuxième saison, tempère: «Je n'étais pas chez moi. Il aurait fallu que Philippe accepte son rôle d'interviewer et me laisse celui d'animatrice. A 29 ans, on ne peut pas dire: "Tiens, je vais me goinfrer le pépère.» C'est beau.


Les lunettes au bout du nez, pépère aux reflets bleu grand-mère toutefois s'énerve: «Je n'ai jamais autant partagé avec les co-interviewers que cette année! Ils me dictent le conducteur. Vous savez ce que ça veut dire pour un rédacteur en chef comme moi?» La modestie, toujours.


Au fond, Philippe est resté Leprêtre, l'aîné de sept gars. «Tout s'explique par le fait que je viens d'une grande famille, dit l'ancien chef scout. Dans la cour de récré, on était un paquet de frères avec les oreilles décollées. Je pensais que c'était les autres qui n'étaient pas normaux. ça donne le sens du relatif.» Le père est notaire, la mère aurait voulu être bonne soeur. Huit jours après les résultats du bac, le fils prodigue, qui refuse de prendre la succession du père, fuit le nid familial.


Celui que son père traitait de journaliste «fouille-merde» retrace sa vie comme une succession de ratages et minirévoltes «de copains»: «Donner des cours de latin à des gosses de riches pour deux francs de l'heure, ça rend rebelle.»


Le petit catholique breton milite à l'Unef pour le prix du Ticket-Restaurant. Plus tard, il suit à la télé Desgraupes l'indocile, que Poniatowski censure. Quand il est viré, Gildas suit. Le coucou eut tendance à persifler. Sous Giscard et Pompidou, c'était plutôt mal vu.


Les temps ont changé. Il est aujourd'hui patron d'Ellipse, dont le chiffre d'affaires devrait atteindre 900 millions de francs en 1997. Ancien présentateur de JT, il ne regrette pas de ne pas avoir interviewé Giscard ou Mitterrand.


Il ne déjeune pas («Je profite bien»), mais dîne chez les plus grands: Loiseau, Westermann, Savoy. «Une fois l'an, sinon on est blasé.» Modestie bien digérée. Il roule en Mercedes avec chauffeur.


«Ce n'est pas un luxe, c'est pour sa santé», précise Maryse, son épouse, rencontrée à Europe 1. Au «maximum» de son activité, en 1993, le couple totalisait 2,2 millions de francs de revenus annuels. «Y compris les dividendes de mes actions Canal +, souligne l'administrateur de la chaîne. Mais je n'ai jamais demandé d'augmentation de salaire.


Pourquoi demander deux fois plus si c'est pour donner deux fois plus au percepteur ?» Philippe le bon, Philippe le con, «il n'y a qu'un "c de différence».

Pour rester du bon côté de l'alphabet, il signe donc des contrats à longueur de journée, négocie avec des Américains, alors qu'il ne parle pas un mot d'anglais, gère les chaînes câblées de Canal +, produit des jeux télé comme Pyramides ou Qui est qui?, en passant par feu la Nuit des héros.


NB: «Sur ce coup, on était prestataires, pas responsables sur le fond.» En reprenant le forum de Field, l'animateur devient tribun: il va devoir trancher dans l'agora, et plus seulement «chtrouiller». La tâche sera rude. Selon une de ses anciennes collaboratrices, Gildas n'a jusqu'ici pas eu d'autres causes à défendre que la «crème solaire et la Bretagne», ni d'autres bibles qu'une collection d'environ 3 000 Guides bleus dans sa maison près de Bonifacio. «C'est une frustration de journaliste, dit-il, qui n'a pas voyagé comme reporter.»


Il s'est contenté de voyager dans l'air du temps, à la Loyal.


VIDEOS - Les cinq plus gros fous rires de Philippe Gildas dans l'émission "Nulle Part Ailleurs"


En 1992, le scoot Ouin ouin a raconté ses dernières frasques devant une Zara Whites, ancienne actrice porno, hilare


En 1994, Jango Edwards, un comédien américain spécialiste des happenings était l'invité de Nulle Part Ailleurs, l'occasion pour Antoine de Caunes et de José Garcia de faire un sketch qui a dévasté le plateau.


En 1994, de Caunes et Garcia s'attaque à d'autres humoristes habitués du plateau de Nulle Part Ailleurs : Les Nuls


En 1995, Didier l'embrouille se fait chasser du plateau par son imitateur Didier L'andeur sous les yeux de Christophe Lambert


En 1995, Gilles Gros Paquet et Ginette font leur entrée aux côtés de Philippe Gildas


Source: www.next.liberation.fr

www.europe1.fr


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