Musique : la guitare électrique est-elle morte ?

En mai 2018, coup de tonnerre pour les amoureux du rock! Gibson, cette marque qui produit 40% du marché mondial de la guitare électrique, annonce son dépôt de bilan. L'instrument qui a fait la légende de Chuck Berry ou Jimi Hendrix n'est plus la star des chambres d'adolescent. Son désamour marque la fin d'une époque.


Ce qui était cool finit toujours par devenir ringard…

Pour avoir du succès avec les filles, dans les années 1990, il fallait jouer de la guitare. Une décennie plus tard, il fallait être DJ, et aujourd'hui patron de start-up. La guitare électrique n'est plus la star des chambres d'adolescents. Signe de son irrémédiable déclin: le dépôt de bilan de la maison Gibson qui a équipé les plus grands, d'Elvis Presley à John Lennon, de BB King à Dire Straits.


Tout passe, tout lasse.... En 1990, les parents étaient choqués par la musique de Nirvana. Aujourd'hui, le groupe fait les belles heures de Radio Nostalgie tandis que nous pleurons la disparition récente de tous les grands artistes de l’ère guitare: Chuck Berry, Tom Petty, Chris Cornell (Soundgarden), Malcolm Young (AC/DC)... Et plus près de nous, Johnny Hallyday, qui a passé du statut de rebelle à celui de taulier, devenu une légende au point de provoquer un deuil national à sa mort, le 5 décembre 2017.


Les prochaines années pourtant verront un déclin progressif du nombre de ses fans, toujours plus âgés, et de sa notoriété.



La guitare, un cycle connu


"La guitare n’est pas morte, mais elle sent bizarre"

Frank Zappa


Si on suit la logique de l’histoire, la guitare a donc atteint son sommet dans les années 1990. L'étape suivante sera l'oubli, suivi peut-être dans 20 ou 30 ans d'un retour en grâce sous forme de curiosité.


La guitare électrique ne sera pas le premier instrument à connaître son apogée avant de s'éclipser. Le clavecin qui a vécu son acmé et suscité un très large répertoire au XVII et XVIIIe siècles a été remplacé par le piano au XIXe siècle, avant de retrouver les faveurs d'un public éclairé mais minoritaire.


Et il a fallu le film d'Alain Corneau, d'après le roman de Pascal Quignard, "Tous les matins du monde", pour sortir de l'oubli la viole de gambe.


Un brève histoire de la guitare

En 1934, un certain Lloyd Loar invente le capteur électromagnétique. Cet ancien luthier de chez Gibson, alors spécialisé dans les guitares classiques, révolutionne l'usage de l'instrument. Jusqu'alors, la guitare était purement rythmique et son son était trop faible en concert pour couvrir celui des cuivres, instruments phare de l'époque.


Le succès est fulgurant, aidé par le développement du train qui permet les livraisons rapides et à distance.


Surfant sur la vague du succès, de nouvelles marques apparaissent alors (National, Dobro, Vivi-Tone, Fender). La guitare électrique reste associée aux Afro-américains. Comme beaucoup d’innovations, elle est adoptée par les gens à la frange, avant d’envahir le grand public.


L'âge du rock


Après guerre, la jeune génération se jette sur de nouvelles musiques. Le détonateur est Chuck Berry, en 1951, qui joue de la guitare électrique, tout en chantant et dansant (le "duck walk"). Il mêle le blues des Noirs, la country des Blancs et le boogie-woogie (traditionnellement joué au piano), dans un style échevelé et dynamique, où l'orchestre passe au second plan. Le rock est né!

Il a un côté adolescent, rebelle et scandaleux. Principalement parce qu'il casse les barrières raciales classiques. Les Noirs sont parmi les premières stars des années 50: Fats Domino, Chuck Berry, Little Richard. On est alors dans une société très ségrégationniste.

Le rock brise aussi les repères de genre, en créant la synthèse de plusieurs styles musicaux. Après l'austérité de la guerre, les paroles des premiers tubes prônent la liberté, l'amusement et l'insouciance.


Mais le rock a aussi un côté politique. Passées les revendications innocentes comme chez les Beatles, les paroles se durcissent jusqu'aux "Protest songs" qui fleurissent durant la guerre du Viet-Nam.


Le rock'n'roll, qui signifie "faire l'amour" en argot, est alors qualifié d'immoral. Il est associé à la danse et au sexe. Elvis est filmé au dessus de la ceinture pour ne pas voir ses mouvements de hanches qui pourraient choquer.

Le rock est un aphrodisiaque dégoûtant.

Cette "musique du diable" heurte les structures religieuses en prônant les dérèglements et la révolte. Des légendes urbaines cherchent à montrer que si on écoute certains titres à l'envers (comme "Hotel California" ou "Stairway to Heaven"), on peut entendre des paroles satanistes.


Dans les années 60, les conservateurs ne détestent qu'une seule chose autant que le rock: les hippies.


Ce parfum d'interdit et ses réactions conservatrices attirent plus qu'elles ne repoussent la jeunesse. Le scandale fait vendre.


L'expression "sex, drugs and rock'n'roll" devient un stéréotype, censé résumer le mode de vie des rock stars.


Quand le scandale rencontre la commercialisation


Au début des années 50, le rock qui n'était qu'un petit phénomène de niche débarque sur la scène globale. Le rock est relayé par le cinéma: "L'équipée sauvage" (1953), "La fureur de vivre" (1955) ou "Jailhouse Rock" avec Elvis.


Le marketing et la publicité s'emparent du phénomène, et une certaine standardisation des codes vestimentaires (perfecto, cheveux gominés, blue-jeans, santiags) émerge.


La culture américaine devient désirable aux yeux du monde. A l'image de la fameuse tournée américaine des Beatles en 1964, quand des millions de jeunes "tombent" dans le rock et se mettent à en jouer dans leurs garages.

>>> A voir et écouter, la guitare saturée et lyrique de Carlos Santana à ses débuts, au festival de Woodstock:

Point d'orgue en août 1969 avec le festival Woodstock, microcosme de la contre-culture, qui attire un demi-million de personnes pour trois jours de paix et de musique. Le festival, immortalisé par le film éponyme de Michael Wadleigh, reste l'événement le plus emblématique de la guitare électrique.

Le succès amène l'argent. Il y en a de plus en plus en jeu.


Autour du rock se montent des émissions de radio et télévision ainsi que des magazines spécialisés. Les grandes majors entrent en scène, avec leurs ventes record. C'est l'ère des "guitar heroes" comme Hendrix, Santana, Satriani, Neil Young ou Keith Richards.


Splendeurs et décadence


Et l'inévitable arriva! Le rock se standardise, s'engourdit, s'institutionnalise. Les innovateurs se tournent vers d'autres musiques. La guitare électrique a le blues: baisse de la demande, concurrence internationale féroce avec de nouveaux fabricants (en particulier japonais et chinois) qui font descendre les marges et émergence de nouveaux courants musicaux, comme le rap ou l'électro, qui n'utilisent pas les guitares électriques.


Le rock a une soixantaine d'années. Il n'incarne plus la jeunesse et surtout ne porte plus les combats contemporains (racisme, sexisme, environnement) tandis que les stars sont rentrées dans le rang. La guitare électrique connaît un douloureux désamour, donnant raison à cette logique qui veut que tout ce qui est rebelle finira par s'institutionnaliser.


Son déclin met aussi en évidence une autre règle: tout phénomène dominant tentera d'empêcher l'émergence d'une nouvelle vague qui la ringardise. C'est ainsi que les vieux rockeurs diabolisent le rap ou l'électro...

Reste un timide retour vers la guitare "classique" avec Taylor Swift ou Thomas Dutronc par exemple.


Source: www.rts.ch


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