Le chanteur Jacques Higelin est mort


Le chanteur français, père des artistes Arthur H, Izïa et Kên, est décédé ce vendredi. Retour sur le parcours de cet auteur-compositeur de génie.

Il avait fêté ses 75 ans à la Philharmonie de Paris, les 24 et 25 octobre 2015. À l'issue de ces deux concerts exceptionnels débordant d'émotion, les spectateurs avaient senti que, malgré la fatigue et la maladie qui, déjà, l'assaillait, Jacques Higelin n'avait pas envie de quitter la scène. Ses longs concerts, presque interminables – parfois plus de sept heures au Cirque d'hiver, à Paris ! –, étaient d'ailleurs sa marque de fabrique. Le chanteur a fini par tirer sa révérence, ce vendredi 6 avril.

À la fois auteur, compositeur, interprète, comédien, écrivain et poète, Jacques Higelin naît le 18 octobre 1940 à Brou-sur-Chantereine (Seine-et-Marne) au sein d'une famille modeste. Son père est cheminot. Le petit Jacques exprime très tôt le souhait de devenir chanteur. À l'âge de 14 ans, il n'hésite pas à se présenter à une audition du cabaret Les Trois Baudets. Puis il effectue son service militaire en Algérie, alors en guerre, pendant lequel il écrit les Lettres d'amour d'un soldat de vingt ans, paru chez Grasset en 1987.

C'est au cinéma que Jacques Higelin, ancien élève du cours Simon, entame sa carrière en 1959. Il joue dans Le bonheur est pour demain, d'Henri Fabiani. Au début des années 1960, il tourne avec les réalisateurs Yves Robert (Bébert et l'Omnibus) et Roger Leenhardt (Une fille dans la montagne).

Mais c'est bien la musique qui rythme la vie du jeune comédien. « J'entendais ma grand-mère chanter dans le jardin. Elle avait une voix délicieuse. Après le boulot, mon père se mettait au piano et nous accompagnait. [...] Je m'endormais au son de l'harmonica de mon papa », raconte-t-il dans Je vis pas ma vie, je la rêve (Fayard). Un père à qui il dédie « Le Parc Montsouris », une superbe ritournelle au piano.

« Chanteur de gauche » ?

Début 1964, le producteur Jacques Canetti, qui admire ses talents de guitariste, lui propose de mettre en musique des poèmes de Boris Vian. L'anthologie est chantée notamment par Serge Reggiani et Catherine Sauvage. L'année suivante, Jacques Higelin rencontre Brigitte Fontaine. Il lui écrit de nombreux tubes : « La Grippe », « On est là pour ça », etc. Mais c'est avec l'album BBH 75, sorti en décembre 1974, que Higelin se fait un nom. Le chanteur y adopte un ton résolument rock grâce au bassiste Simon Boissezon et au batteur Charles Benarroch, dont les initiales forment, avec celle de Higelin, le nom de l'album.

En 1976, avec Irradié, auquel collabore le jeune Louis Bertignac, Higelin creuse son sillon rock et abandonne définitivement le style jazzy de ses débuts. Un choix qui se révèle payant. Jacques Higelin remet d'ailleurs le couvert la même année en signant à l'été 1976 Alertez les bébés !, disque d'or qui remporte aussi le Grand Prix du disque de l'Académie Charles-Cros. D'ailleurs, Higelin collectionnera toute sa vie les disques d'or.

Les années 1976-1988 sont les plus fécondes de l'artiste. Elles sont notamment marquées par la publication de Champagne pour tout le monde et Caviar pour les autres en 1979. Mais, aussi et surtout, de Tombé du ciel en 1988, certifié double disque d'or, puis disque de platine. Qui n'a pas fredonné « Tombé du ciel/à travers les nuages/Quel heureux présage... » ?

Soutien de François Mitterrand, Jacques Higelin se produit plusieurs fois à la Fête de l'Humanité. Il ne renie jamais l'étiquette de « chanteur de gauche » qui lui colle à la peau. Bien au contraire. Il assume crânement ses engagements, multipliant les prises de parole, les concerts caritatifs et les signatures de pétitions en faveur des causes les plus diverses. « Chaque fois qu'il faut défendre les gens, vous pouvez compter sur moi », répond-il systématiquement aux personnes qui le sollicitent.

Amoureux de la vie

Véritable bête de scène, n'hésitant jamais à se lancer dans des improvisations parfois risquées, Higelin est un généreux au caractère trempé. On le voit bien tel quel dans le documentaire réalisé par Sandrine Bonnaire en 2014.

Conscient que ses souvenirs allaient peut-être s'effacer, Jacques Higelin publie, à l'automne 2015, une touchante autobiographie : Je vis pas ma vie, je la rêve (Fayard). Dans ce livre-entretien, rédigé avec Valérie Lehoux, il revient sur ses cinquante années de carrière. Une carrière influencée à la fois par Charles Trenet, Sidney Bechet, Henri Crolla, Georges Moustaki, Jacno ou encore Barbara. Il y évoque ses années passées en communauté, son expérience de la drogue et de l'alcool... Mais aussi son amour de la vie qu'il martèle :

« Tant qu'on est vivant, c'est la moindre des choses d'être mouvant, émouvant. Après, on ne bougera plus. La mort, c'est notre condition. C'est même la seule chose dont on est sûr dans la vie. Moi, ça me rend joyeux d'être vivant. Je l'ai chanté, la mort est le berceau de la vie. Ça ne me fait pas peur. »


Fmt@2020 Copyright